Aliette




             Ma grand-mère maternelle cachait dans les poches de sa blouse une flasque de rhum ambré d'un côté, et un paquet de bonbons "Vichy" dans l'autre. Jusqu'à la fin de ses jours elle porta des bas couleur chair, épais, qu'elle maintenait au-dessus du genou avec de gros élastiques marron. Petite, j'allais souvent chez elle le jeudi. Je ne crois pas qu'elle m'aimait. Elle me tolérait parce que je lui rendais service en allant faire ses courses qu'elle rémunérait parfois, de quelques piécettes.

Le goûter était un problème pour elle, elle me criait qu'il n'y aurait que du fromage et des biscottes sans sel et que je devrai m'en contenter. Je restais stoïque à mon habitude. La tempête toujours       passait loin    au-dessus de ma tête. J'étais là sans y être, la colère des gens ne m'atteignait pas... 

Il y avait tant de rancoeur dans ma famille, tant de goût pour le meurtre, qu'après le divorce de mes parents je l'ai quasiment perdue de vue alors qu'elle habitait en face de chez nous. Je n'avais pas le droit d'aller la voir, ma mère aurait vécu cela comme une haute-trahison.



5 commentaires:

  1. Souvent je me suis demandé ce que cela pouvait bien vouloir dire dans ces générations là « aimer ses enfants et/ou petits-enfants ». Il fallait surtout les éduquer. Une bonne éducation. Et pour cela rien ne valait de bons principes moraux et une vie « à la dure » pour pouvoir affronter le monde difficile, voire hostile qui les attendaient. Apprendre à supporter les privations semblait meilleur qu'être choyé.
    Je parle en général, évidemment. Ce que tu relates semble quand même êrre une ambiance lourde qui a dû te marquer d'une manière qui n'est pas la meilleure.
    Pour ma part je n'ai connu qu'un seul grand-père ( marié trois fois, trois fois veuf…), mort quand je n'avais pas 10 ans. Mes seuls souvenirs sont ceux d'un homme inabordable, qui avait une sorte de gentillesse froide et semblait vivre ailleurs dans un monde à lui, peupé sans doute de tous ses souvenirs douloureux, ses épouses décédées, la guerre, Verdun. Doit pas donner un cœur tendre et gai tout ça.

    Et sinon : j'adore le choix de ta photo !

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    1. Je ne sais pas Alain. L'amour cela ne va pas forcément de soi, et de cela je suis persuadée. Il y a des rencontres qui ne se font pas. Accueillait-on toujours dans la joie un enfant qui n'était pas désiré? Ou l'accueillait-on en faisant contre mauvaise fortune bon coeur? Mais est-ce dès lors vraiment de l'amour ou plutôt le sens du devoir qui entre en jeu? La vérité c'est que pour six de ses enfants, ma grand-mère a fait le minimum vital, excepté pour sa plus jeune fille qui a été élevée avec soin. Pourquoi? Mes oncles disaient en riant faute de mieux, qu'elle était probablement née de l'adultère.

      Je n'ai pas vraiment de doute sur ce qu'elle ressentait pour moi, cela me parait tellement clair aujourd'hui, ma grand-mère acceptait que je sois là, elle faisait ce qu'elle avait à faire mais ne donnait pas d'amour. Elle faisait le job comme on dit. Et personnellement je ne ressens rien de désagréable à cela, c'était comme ça, point. Si un jour je deviens grand-mère je serai totalement émerveillée. J'y ai souvent songé et je sais que je serai submergée d'émotions. Les racines ont une importance fondamentale pour moi qui en ait été privée longtemps.

      J'ai dû voir brièvement mon grand-père paternel une fois avant son décès, quand à mon grand-père maternel il est mort quand ma mère avait douze ans. J'ai eu un grand-père de substitution et pour moi c'est celui-ci qui reste l'image du "pépé".

      Pour ce qui est de l'ambiance lourde, tu es loin du compte. ^^ C'était pire que ça, mais à regarder mon enfance je me dis que je devais être quand même aux yeux des miens une gamine un peu "spéciale". J'ai beaucoup volé. Rêvé. Et ça c'était un vrai don d'où qu'il me vienne ;)

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    2. Quand je suis tombée sur cette photo, j'y ai retrouvé un peu de l'esprit de ma grand-mère. Elle ne fumait pas certes mais elle aimait son coup de rhum après le café!

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  2. Bonjour Dé !
    Cela fait (trop) longtemps que je n’ai pas eu l’occasion de t’écrire, trop de choses encombrent mon temps libre qui se réduit comme peau de chagrin, trop de flemme aussi lorsque j’émerge. J’en suis désolé. Plus le temps passe et moins il m’en reste, j’ai de plus en plus cette impression ! Je lis tout de même régulièrement tout ce que tu publies sur internet :-)
    Pour en revenir à ta grand-mère, nous n’avons pas eu du tout la même expérience, semble-t-il. Je n’ai que de bons souvenirs de ma grand-mère (paternelle, je n’ai jamais connu ni ma grand-mère maternelle ni mes grand-pères). Particulièrement dans mes années de lycéens quand j’allais tous les jours déjeuner chez elle. C’était moins cher que la cantine et bien meilleur ! Cela nous a rapproché. J’adorais que ma grand-mère soit aux petits soins pour moi. Mais ce que je préférais était l’écouter me raconter sa vie (pas très rose), des récits qui me plongeaient chaque fois dans son époque révolue, un passé que je pouvais même pas imaginer avoir eu lieu ; où il était question de la rude vie des paysans dans le sud de l’Espagne, de traditions oubliées, des gens qui allaient à cheval ou en carriole car les automobiles étaient encore très rares dans les campagnes reculées et hors de portée de la plupart des familles ; de la guerre (d’Espagne), de la mort de son mari sur le front, des privations pour nourrir ses 4 enfants, de l’exode vers la France, enceinte du 5e, des petits boulots épuisants et mal payés, de la solitude encore accrue par la langue inconnue apprise sur le tas, au jour le jour, etc. Beaucoup d’épreuves donc, qu’elle a toujours surmontées du mieux qu’elle pouvait, sans trop se poser de questions, parce qu’il fallait le faire, parce que c’était son devoir. Ce qui en faisait à mes yeux une véritable héroïne, comme j’en voyais parfois dans des films, ce qu’elle était sans aucun doute. Je n’imagine même pas avoir jamais été capable de surmonter ce qu’elle a surmonté ! Et paradoxalement tout ça lui avait donné une grande de joie de vivre, une grande tolérance aussi, une espèce de philosophie de l’existence prônant le courage et le respect des autres. Après coup, j’idéalise assurément ma grand-mère qui avait certainement aussi des défauts, sa part sombre comme chacun d’entre nous. Lorsque elle est morte (de vieillesse, à 92 ans, une santé de fer !) j’ai été très affecté et aujourd’hui elle me manque tous les jours. Je pense très souvent à elle, aux délicieux moments que nous avons partagés. De merveilleux souvenirs d’enfance, mais aussi bien plus que cela, quand j’ai réalisé bien plus tard, à l’âge adulte, qu’elle m’avait transmis certaines valeurs, son héritage en quelque sorte, que j’ai ensuite essayé de transmettre à mon tour à mes propres enfants.
    Je m’arrête là, c’est trop nostalgique ;-) Mais toujours aussi agréable de partager quelques mots avec toi ! J’espère que tu te portes bien ainsi que tes proches et que ta vie est belle :-) Je te fais de grosses bises.
    David

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    1. Quelle chance tu as eu David...tu vois c'est ça, les racines. C'est vraiment très important. Et aussi que tu transmettes cela, les souvenirs. J'ai perdu la smeaine dernière l'une de mes tantes et j'ai pris conscience que lorsque ce serait le tour de ma mère, je deviendrai alors la seule dépositaire d'une part de sa vie, les dix ans qu'elle a vécu avec mon père. Et je me dois de les transmettre ces dix années qui sont aussi les plus belles que j'ai vécu. Transmets cher David, transmets.

      Merci d'être passé, tu manquais par ici. Bises

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